La nébuleuse du biscuit.

Avis aux lectrices et teurs : Attention, cette histoire comporte de fulgurants Flash back, avances et retours rapides ainsi que des scènes au ralenti. Épileptiques  et cardiaques s’abstenir.

Votre mission, si vous l’acceptez est d’entrer en contact avec notre agent, Robert Géallemand qui vous proposera un poste (intéressant ?) au sein de notre organisation. Lieu de rendez vous : Trifouilli les oies, heure : Dix heures précises. Soyez à l’heure.

Me voilà en route motivé, mon petit cartable à la main.
Je passe, Aucune indication, tout le quartier est en travaux, aucune indication, ni nom de rues, ni numéros et bien sûr la société [en question], n’est pas indiquée non plus. Monsieur Géallemand avec qui j’ai rendez vous est injoignable bref, la loose totale.
(Retard !)

Bref, je finis par y arriver, j’accuse un retard de dix minutes (selon  un calcul  SNCF like) Robert me reçoit sur un : « Vous avez eu du mal à trouver hein ? Ah je sais ça fait comme ça avec tous les candidats, on est très dur à trouver, ça n’est pas très bien indiqué (sans déconner ?) mais vous vous en êtes bien sorti, y’ en a beaucoup qui abandonnent. »
C’est d’ailleurs, c‘est mon cas, j’ai juste envie de me barrer mais je suis sorti la veille et maintenant j‘ai soif. Alors je reste et demande un verre d‘eau.

Prenez une bonne inspiration et tournez la page.

10 h 45 – Robert me guide jusqu’à une salle de formation qui sera le lieu d’entretien : une salle rectangulaire avec des tables disposées en rectangle et des chaises autour des tables, classique quoi.
J’entre après lui tout en ôtant ma veste, d’un geste élégant, j’ai la pêche et tout et tout. Je m’assieds, jette un regard sur le pied de table ainsi que sur la moquette qui me parait douteuse, puis sur ma veste, sur mon cartable et enfin vers mon interlocuteur. J’engage rapidement la conversation.
(Je sens que vous n’avez pas saisi la subtilité et l’intensité de cette scène…)

faisons un petit retour arrière et revoyons là au ralenti :
Vuiiiit <<<<<<<  STOP  Ralenti >

> 10 h 45min 00 sec – Je fais un premier pas dans la salle tout en enlevant ma veste, d’un geste ample (notez bien le geste ample, ça à son importance) et subtilement nonchalant, tandis que Robert localise du regard le fauteuil sur lequel il va certainement prendre place.

> 10 h 45min 01 sec – D’un pas rapide et décidé, je m’avance vers la chaise qu’il va Vraisemblablement me désigner : en toute logique, celle qui se trouve juste en face de lui. J’achève, toujours aussi élégamment, le geste de « replier ma veste autour de mon bras pour faire style j’ai la classe ». Dans le même temps, le fessier de Bob entame un demi tour pour se mettre dans l’axe du siège, son regard reste rivé vers le repose fesses, à croire qu’il a peur de  rater sa cible.

> 10 h 45min 02 sec – Cible verrouillée, Son auguste postérieur se dirige à une vitesse infernale vers son futur reposoir, lui assuré de la justesse de sa trajectoire oriente maintenant son regard vers la place qui m’est dévolue et me lance un prévisible « prenez place » (où autre niaiserie du genre). Moi… j’ai déjà entamé le mouvement d’approche avec force conviction et pour cause…

> 10 h 45 min 03 sec – Impact ! En plein dans le mille mon colonel, Robert esquisse le mouvement de hanche approprié pour se visser à sa chaise et il est prêt à lancer l’offensive. De mon coté, étant donné que je me suis pris les pinceaux dans le pied de table (avec élégance hein..) je fais un atterrissage d’albatros  myope exactement à l’endroit qu’il m’a indiqué. Chute que je réussis avec brio à dissimuler en prenant mon attitude de professionnel numéro 33 (celui qui sait ce qu’il veut et  qui attend pas qu’on lui désigne sa place).

> 10 h 45 min 04 sec – je jette un regard furibond au pied de table, histoire de bien lui notifier qu’il y aura représailles et je m’aperçois que la moquette est dégueu. Je regarde avec attention et une légère insistance, en m’interrogeant : qu’est-ce que ça peut bien être ? On dirait du sable, non des miettes… oui c’est ça, des miettes de Biscuits. En fait, une constellation de miettes de biscuits qui forme une sorte de spirale presque parfaite, très visible au milieu du chemin. Ils ont dû organiser un pot dans cette sale mais bon c’est pas terrible, ça ne fait pas très sérieux. Je m’aperçois que la  jolie figure prend fin exactement sous ma chaise et que… et qu’un petit tas de poussière de biscuits continue à se former à coté de moi… et que… bein ça vient de la poche intérieure de ma veste. Le mot biscuit commence à résonner sourdement dans ma tête…

Biscuits… biscuits… biscuits… biscuits… bordel, ça me revient !

et là, la lumière se fait, un souvenir récent et vivace me saute à l’esprit, vous ne voyez pas ?
Bon, alors… il va falloir faire un petit…
retour rapide !

Vuiiiit <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

Un peu plus tôt le même jour :

Moi – « bon on se casse ? elle est chiante cette fête, tes potes sont nazes et y’ a presque plus rien à boire. »
Mon pote –  «Oh ! Tu l’as dit tout fort, tout le monde à entendu ! Eh mais… qu’est ce que tu fais ? »
Moi – « Je prends des biscuits, y’ en à peut être pas là où on va ».

C’est plus clair maintenant ?
ffffft >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Retour à 10 h 45 min 05 sec, vitesse de lecture normale, pression interne moyenne.

Bon, vous avez compris, à partir de ce moment, j’ai absolument intérêt  de monopoliser son attention et de détourner son regard de mon œuvre qui est, à ne pas douter, dans son angle de vision.

Problème : ma veste, posée sur ma [mallette] elle-même posée sur mes cuisses est couverte de poussière d’étoiles, de tuc où autre biscuit apéro, vachement bon à l’heure de l’apéritif mais malvenu dans le contexte.
Alors Hop, mouvement ample pour la secouer furtivement sous le bureau (je parle toujours de ma veste hein..), j’applique la technique du toréro Olé ! Et je la pose consciencieusement sur la chaise à coté de moi, non sans style.

Problème : Ma mallette est posé sur mes cuisses est elle aussi maculée de miettes, et hop je lui fais faire une figure digne de la patrouille de France, sous le bureau (et une petite tape sur le cul) figure que je termine par un chouette de looping pour enfin la laisser atterrir  sur le « bureau » et en sortir mon nécessaire à entretien d’embauche : Mon CV et un stylo. Le reste des éléments qui y figurent, ne sont là bein que pour la figuration.
Et la, je vois le regard de Robert, fasciné par ce mouvement leste et décidé. Après coup, je dois bien dire que ça faisait très classe genre groovy. Je vois une petite lumière dans se regard, c’est sur il pense « il à le swag ce garçon !»

Là, j’attaque direct la conversation, pas question de laisser son regard se détourner du mien (pour se diriger vers la moquette par exemple), l’audience est captive, j’en profite. JE démarre l’entretien illico. Ses yeux font des étincelles, il me sent décidé, j’ai l’air très sérieux, le regard presque dur. en fait, j’ai mal au pied et il faut pas me faire ch… !

Bon, pas trop d’efforts à faire Bob, qui est une vraie pipelette, commence à parcourir mon CV et y va franchement de ses considérations « oh mais vous avez travaillé pour la société Léonardo Immobilier , C’était un de mes clients ! » « oui, chez Léonardo j’ai réali… » tente-je de répondre « ah mais alors vous connaissez Lucette detable hein ? » « bien sûr… » lui «  elle est vachement sympa lulu, on rigolait bien. Alors vous devez connaitre aussi Benoit… Benoit de coco ? » et moi « ah effectivement (je pouvais pas le blairer) il faisait un… remarquable… heu… travail de… » Reprise de volée de Bob « de con… Un vrai con ! » je souris, je commence à bien l’aimer.

La conversation de gardiennes d’immeuble dure… dure et dure encore, toujours dans le même [style] car on a beaucoup de connaissances en commun et moi, je commence à en avoir marre, marre, marre en plus j’ai faim et j’aimerais bien qu’on en vienne au fait. Il est quasiment 11h30 et l’entretien n’a toujours pas commencé. Alors, je tente de reprendre les rennes avec un truc du style « pour en revenir à votre offre » (où autre niaiserie de ce genre). Il se reprend « ah oui, bon, le poste vous intéresse ? » « oui » « vous pouvez commencer la semaine prochaine » « oui » voilà.
(Voilà.)

~oOo~

Note : Si vous lisez ceci, c’est que vous avez eu le courage d’arriver jusqu’au bout : BRAVO ! Si vous avez bien suivi, vous devez vous demander « mais, en sortant de la salle… Bob a bien dû repérer ta jolie fresque… »
Non ?

Note 2 : si vous aimez les étoiles, allez faire un petit tour ici, chez Mu64. Vous y pêcherez peut être des infos sur la nébuleuse du biscuit !

Peut être que par la suite, dans la même collection, je vous raconterai pourquoi les relation de boulot doivent rester des relations de boulot, comment les collègues ont soudain éprouvé le désir de me liquider et comment se faire licencier quand on est au top. et tout ça chez Léonardo Immobilier…

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24 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mimi dit :

    Poilant 😉 t’as vraiment un don pour raconter les histoires.

    1. Poilant… Normal pour un ours non ? Merci Mimi !

  2. J’ai adoré ton histoire, ta manière de raconter, les effets de rembobinage pour revenir en arrière, et , plus que tout le ralenti ! Alors là, chapeau. Réussir une telle description, seconde par seconde sans ennuyer le lecteur, il fallait le faire. Tu as vraiment beaucoup d’humour et te lire fait beaucoup de bien.

    1. Merci, quand j’écris un sujet je le relis ensuite trois où quatre fois, si ça ne m’ennuie pas, moi qui connait l’histoire, je me dis que ça ne devrait pas ennuyer les lecteurs. Reste à relire une 5 e fois pour l’orthographe…
      je le ferai un jour !

      1. mu64 dit :

        Mais on s’en f…des fautes d’orthographe ! 🙂
        Belle fin de dimanche à toi

  3. Coach de vie ? C’est bien comme métier ça, en vie à faire ce qu’ils faisaient depuis longtemps avant de te connaitre sans savoir qu’ils le faisaient mal car tu n’étais pas là pour leur dire…
    Tu veux vraiment le numéro de mon avocate ?

    1. lechalote dit :

      Nan, mais c’est super gentil pour le coup.Je veux plus entendre parler de cette bande de cons, les procès c’est pas mon karma.

  4. lechalote dit :

    Pitin t’as réussi à te faire licencier quand t’étais au top? Moi ils ont pas voulu, j’ai demandé pourtant, j’avais un avocat et tout, bin pas moyen, j’ai été obligée de démissionner, je veux connaître ton secreeeeeet!

    1. C’est simple, j’ai ramassé un stylo (de base genre 2 euros) et je l’ai mis dans ma poche. C’était celui d’un membre du comité de direction genre bande mou. Il m’a accusé de vol, Blocage de tous les accès et tout hein pas de la rigolade. J’ai pris une avocate, une très bonne avocate (trèèèèèès bonne) ils ont dû lâcher les sous et moi j’ai été payé à rester à la maison le temps de la procédure. hé hé

      1. lechalote dit :

        C’est énorme! Totalement ubuesque j’adore! Merci! Et file moi le tel de ton avocate steup passke moi j’ai pas trouvé ce qu’il faut (j’en ai même vu une qui voulait pas prendre mon dossier mais qui voulait être coach de vie, du deux en un avec option fidélisation de la clientèle, j’ai failli lui vomir sur les pieds, on croit rêver)

        1. zut, je t’ai répondu mais je me suis planté, j’ai répondu au post au lieu de répondre à toi 🙂 (voir ci dessous)

  5. lechalote dit :

    Pitin je rigole encore, c’est trop drôle!

  6. lechalote dit :

    Ah c’est très bon! Merci! 🙂

  7. est-ce que je vais passer mon temps à rire sur ton blog? lol c’est extra,c’est extraaaaa

    1. J’ai peut être fait un peu long sur ce coup là hein ?

  8. Merci, bonne soirée Mu64 !

  9. J’aime bien l’expression « sauvage central » quoi que pour ma part, je ne suis plus sûr de chercher :). « Pour l’instant, je suis plutôt dans la réflexion chercher une grotte loin de l’agitation où pas ? ». Mais dis moi est ce que tu as quelque chose a voir avec ces petites annonces ? ^^

    1. mu64 dit :

      Non non je n’ai rien à voir avec ces petites annonces.
      Julien Prévieux était une jeune surdiplômé et également artiste, qui en 2000 en a eu marre de répondre à des offres d’emploi sans réponse, et s’est mis à écrire de réelles lettres de non motivation aux entreprises, hyper insolentes, et moi j’ai trouvé excellentissimes, et puis de nous les faire partager… c’est comme cela qu’il s’est fait connaître.

      La grotte loin de l’agitation, ici aussi nous y songeons, à mon avis dés que nous le pourrons, même si ici ça n’est que Lyon hein c’est pas Paris, mais quand même…. 😉
      Belle soirée à toi sébastienblanrue.

  10. mu64 dit :

    🙂
    Désolée pour les miettes de biscuit sebastienblanrue alors là meaculpa oops !
    Sinon pour la prochaine fois est-ce-que je peux te ( suis-je autorisée à tutoyer ?) suggérer directement d’envoyer des lettres de non-motivation, ça évite pas mal de gros ennuis et surtout : moi ça m’éclate 🙂

    http://www.previeux.net/pdf/non_motivation.pdf

    Belle nuit Mister

    1. Merci pour le lien, si ce julien existe il habite dans mon quartier. Je vais étudier ses techniques de recherche dès ce soir;
      Bien sûr tu peux me tutoyer, c’est beaucoup plus léger.
      Et tu vois, j’ai eu le poste avec 0 motivation alors… il y a de l’espoir pour tout le monde.
      Bravo d’avoir tout lu en tout cas, quel courage !
      Douce nuit aussi.

      1. mu64 dit :

        Bien sur il y a de l’espoir pour tout le monde : ( heu quand on est pas motivé c’est encore plus facile car on n’a pas la pression peut-être ?)
        Pour les cours de comment se faire licencier quand on est au top et avec un travail relativement autonome qui vous rapporte pas mal, et bien j’ai réussi déjà grâce à un « chef » complice, pour créer ma propre société, et même si après quelques dures années (mais enrichissantes) j’ai du laisser tomber assez récemment, je vois bien que je suis dans l’incapacité totale de lire ces annonces d’emploi sans rire ou me mettre en colère au choix… ( ou alors pour un travail très ponctuel) : bref, je repars autrement mais toujours en indépendante, ça n’est vraiment plus possible autrement, et il faut dire que ce genre de situation est gérable uniquement si on est doté d’un  » sauvage central » à la maison, bref une âme soeur complémentaire, quand il y a des hauts et des bas, et bien chacun son tour de tirer l’autre par le haut
        Je te souhaite ta petite sauvage centrale à toi aussi : mais tu vas trouver c’est sûr. 😉

        1. En remontant le fil de mes anciens articles, je m’aperçois que je croyais avoir répondu à certains commentaires mais non en fait. je pense qu’il y a eu un bug avec le bidule de wordpress. alors avec près d’un an de retard je te réponds : merci !

Tu peux la ramener maintenant mon lapin !

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